(1661 Paris 1722)
Démocrite
Huile sur toile
46 x 35.8 cm
Vers 1692
Provenance : Collection privée, Italie
Ce fut auprès de son père, Noël Coypel (1628-1707), qu’Antoine apprit la peinture. Le poste de Directeur de l’Académie de France à Rome qu’occupa le maître de 1673 à 1675, permit à son jeune fils de faire éclore dans les plus belles conditions son talent pour la peinture. Particulièrement touché et inspiré par les œuvres baroques, son pinceau coloriste garda durant toute sa vie et à travers tout son œuvre, le souvenir de cet art de l’expression, de la liberté et de la passion.
Agé seulement d’une vingtaine d’années et tout juste rentré en France, Antoine Coypel devint membre de l’Académie royale de Peinture et de Sculpture, en 1681. Son morceau de réception, alliant la rigueur académique de Le Brun à une touche fougueuse, est une véritable prouesse de composition en considération de sa jeunesse, présage d’une carrière virtuose.
Le peintre se trouva sollicité pour de très nombreuses commandes prestigieuses : de la décoration des demeures royales de Marly, de Meudon et de Fontainebleau, jusqu’à la voûte de la Chapelle royale du château de Versailles, en 1716, et la suite d’huiles sur toile représentant l’Enéide, destinée à orner la Galerie d’Enée du Palais-Royal, pour Philippe d’Orléans, entre 1714 et 1717.
Néanmoins, s’il faut aborder la postérité de l’artiste et son œuvre la plus emblématique, son portrait du philosophe présocratique Démocrite fait l’unanimité aujourd’hui (fig. 1, Antoine Coypel, Démocrite riant, 1692, huile sur toile, Louvre). A travers cette toile, le peintre dévoile son amour pour la fougue picturale, pour l’émotion et le coloris. Tous les vifs coups de pinceau de ce portrait rendent compte de l’admiration qu’il avait pour Rubens et sa peinture (à qui le portrait fut, à tort, attribué). La chaleur qui se dégage de la rougeur des joues de ce visage se ressent autant sur notre toile, qui partage le même sujet et la même touche vibrante.
Fervent défenseur du coloris et proche de Roger de Piles, se fut en véritable rubéniste que Coypel brossa cette toile, tant à travers son faire rapide et sensoriel – avant la manière de Fragonard à la fin du XVIIIe siècle – qu’en songeant à la liberté de son sujet, un visage pour lui-même, une « tête d’expression » prémonitrice. L’oeuvre se hisse alors parmi les déclinaisons que l’artiste a pu réaliser de ces visages très esquissés, aussi proche de la tradition flamande, colorée et joyeuse, que de la trogne grimaçante hollandaise.
Nous remercions madame Nicole Garnier-Pelle, conservateur général du patrimoine et auteur de la monographie de l’artiste chez Arthena, d’être venue voir notre tableau et de nous avoir confirmé son attribution à Antoine Coypel (octobre 2025).



