(1809 Lyon – Rome 1864)
Portrait d’homme de profil
Graphite
295 x 235 mm
Daté en bas à gauche 1834
Cachet de la vente de son atelier, en bas à droite (Lugt 933)
Issu d’une fratrie d’artistes avec Auguste et Paul, Hippolyte Flandrin, né en 1809, est sans doute le plus brillant élève d’Ingres. Il toucha à tous les genres mais c’est avec ses portraits et peintures religieuses qu’il connut la renommée.
Sa rencontre avec Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867) fut déterminante pour sa carrière. À Lyon, il fréquentait avec son frère Paul (1811-1902) l’atelier de Pierre Révoil, lequel les incita à partir à Paris. En 1829, les deux frères arrivent dans la capitale et songent d’abord à entrer dans l’atelier de Louis Hersent. Mais un de leurs amis, Guichard, leurs conseille d’entrer en contact avec Ingres, « figure montante » du milieu artistique. Paul et Hippolyte Flandrin entrent dans l’atelier du maître qui se prend d’affection pour les deux frères.
Le destin d’Hippolyte reste lié à celui de son frère Paul. Mais alors que ce dernier consacre son art aux paysages et aux portraits ; Hippolyte, fervent catholique, se dédie à la peinture religieuse. En 1832, il remporte le grand Prix de Rome tandis que Paul échoue. Cela ne les empêche pas de se retrouver dans la Ville éternelle – d’autant qu’Ingres devient directeur de la Villa Médicis. C’est pendant ce séjour, qu’Hippolyte se liera d’amitié avec un autre résident de la villa : l’architecte Victor Baltard (1805-1874). À leur retour à Paris, en 1838, les deux Flandrin appliquent avec brio les leçons du maître, s’inspirant des modèles italiens de la Renaissance, Raphaël en premier lieu.
L’une des œuvres les plus célèbres d’Hippolyte Flandrin est sans doute Le Jeune homme nu assis au bord de mer exécutée à Rome, en 1836.
En 1840 sa série La Florentine (musées de Nantes, Évreux, Beauvais), rend un hommage appuyé à Raphaël et Léonard de Vinci. Très lié au comte de Feltre qui donna sa collection à la ville de Nantes, Hippolyte Flandrin devait réaliser des œuvres pour son commanditaire, telle La rêverie, peinte en 1846, qui montre une facette plus intime du talent de coloriste de l’artiste. Dans la même veine, en 1842, il peint avec son frère Paul un extraordinaire Double autoportrait. Rarement parvînt-on à rendre avec plus de tendresse les liens artistiques constants unissant les deux frères.
À Paris c’est dans la peinture religieuse qu’Hippolyte Flandrin laisse une œuvre novatrice. Après avoir peint La Cène de la chapelle Saint-Jean dans l’église Saint-Séverin en 1842 il entreprend de 1842 à 1864, à la demande de son ami Victor Baltard chargé de la décoration des églises de Paris, toute la peinture murale de l’église Saint-Germain-des-Près. Il choisit la mise en résonance de scènes du nouveau et de l’ancien testament comme fil conducteur et laisse une œuvre saluée comme modèle de décoration religieuse. Il fut aidé dans son entreprise par son frère Paul à qui on attribue d’avoir représenté le Christ sous les traits de son frère dans les peintures du sanctuaire qui se font face L’Entrée à Jérusalem (au sud) et La Montée au Calvaire (au nord) et d’avoir peint les quatre dernières scènes des deux travées occidentales du flanc sud de la nef ; alors que son frère, souffrant, partait se reposer à Rome.
Notre saisissant dessin, daté 1834, fut exécuté à Rome et prend très certainement comme modèle un artiste ami de Flandrin à l’académie. Comme souvent, l’artiste joua sur le trait d’un profil strict, comme il le fit également, la même année, dans le très beau Polytes, fils de Priam, observant les mouvements des Grecs.
Hippolyte Flandrin, dont le dessin toujours très léger prenait sa force dans la pureté de sa ligne et dans le délicat contraste entre un trait sombre découpant nettement le profil et l’utilisation de l’estompe. Le regard de notre modèle apparait ainsi à la fois fixe et mystérieux.
Flandrin conserva ce trait si reconnaissable durant tout sa carrière. On peut ainsi comparer notre portrait à une feuille d’étude pour la figure de Judas pour la nef de l’église Saint-Germain-des-Près, exécutée vers 1859, soit plus de 20 ans après notre feuille. On y retrouve un profil très similaire.

