(Montargis, 1767 – Paris, 1824)
Jeune nymphe au bain, étude à mi-corps
Huile sur toile
56 x 46 cm
Monogrammé en bas à gauche des lettres « G.A.L. » entrelacées.
Provenance :
Collection de Marie-Françoise Robert Bazin (1774-1862) et Fanny Robert (1795-1872) ;
Probablement descendance de Marie-Françoise Caroline Robert, fille de Marie-Françoise, née en 1796 , qui épousa en 1813 Louis Rossigneux (1786-1864) et sa fille Jeanne-Françoise (1816-1872) , puis son fils Gabriel Bourdon qui détenait en 1912-1913, une grande partie des archives et de la collection familiale ;
Collection de Raymond Fischof-La Foux (1905-1980) et Suzanne Fischof-La Foux née Auclert (1920-2023) ;
Les Collections de Raymond & Suzanne Fischof-La Foux – Partie I : Un appartement avenue Foch, Osenat, 21 février 2024, lot. 228 (comme « École française vers 1800, atelier d’Anne-Louis Girodet »).
Exposition :
Gros et Girodet, chemins croisés, Montargis. Musée Girodet (11 décembre 2024 – 16 mars 2025) sous la direction de Sidonie Lemeux-Fraitot et Valérie Bajou.
Bibliographie :
Explications des ouvrages de peinture exposés au profit des grecs, Galerie Lebrun (rue du Gros-Chenet, 4), Paris, 1826, p. 22, n. 80.
Pierre-Alexandre Coupin, Œuvres posthumes de Girodet-Trioson, peintre d’histoire, tome I, Paris, 1829, LXV.
Gros et Girodet, chemins croisés, catalogue d’exposition, mai 2025.
Oeuvres en rapport :
Jean-Baptiste Aubry-Lecomte d’après Girodet, Baigneuse. Tirée du cabinet de M.e Robert, lithographie, 1826, musée Carnavalet, Paris.
Anne-Louis Girodet-Trioson, Une jeune nymphe au bain, étude à mi-corps, huile sur bois, localisation inconnue, 60 x 49.5 cm (Salon de 1799, n. 149).
Au Salon de 1799, Anne-Louis Girodet, alors au pinacle de de sa carrière et enfin affranchi de l’autorité de son maître Jacques-Louis David, présente deux tableaux. Le premier, un portrait de Madame Simon, ne fut exposé que deux jours, le modèle ayant exigé son retrait dès l’ouverture. L’affaire provoqua un scandale qui eut un large retentissement dans la presse. Le second, une Jeune nymphe au bain, étude à mi-corps, remporta quant à lui un succès retentissant.
Notre tableau représente cette même Jeune nymphe au bain s’apparentant à une Vénus pleine de grâce et de sensualité. La composition, alliée à une technique fine et précieuse, à des coloris en demi-teintes et à un cadrage serré, presque photographique, accentuant l’effet d’une beauté surprise furtivement, fait de cette œuvre un parfait exemple de l’esthétique et de l’art de Girodet au tournant du siècle.
Notre oeuvre pourrait être la première idée du tableau du Salon (fig. 2) puisque des repentirs sont clairement perceptibles notamment au niveau des doigts de la jeune femme. Ces repentirs pourraient s’expliquer comme une recherche de positionnement des doigts, une forme d’hésitation qui pourrait ainsi confirmer que notre oeuvre est la première version.
Néanmoins, il pourrait s’agir aussi d’une réplique réalisée par Girodet. L’oeuvre du Salon eut un tel succès que l’on pourrait interpréter que cette autre version, d’une qualité brillante, ait été commandée à l’artiste par l’un de ses mécènes.
En effet notre tableau fit partie de la prestigieuse collection de Marie-Françoise Robert Bazin (1774–1862), mécène proche de l’artiste. Girodet fréquenta son salon à partir de 1807, en compagnie d’autres artistes et hommes de lettres, tels que Chateaubriand. En 1817, Madame Robert demanda à l’artiste d’accueillir ses deux enfants sourds-muets, Fanny et Édouard, dans son atelier. Elle favorisa la création d’un atelier féminin où Girodet put suivre l’éducation artistique des jeunes filles. La profonde amitié qui liait l’artiste, Marie-Françoise et sa fille Fanny est également attestée par un riche échange épistolaire.
À la mort de Girodet, son élève Jean-Baptiste Aubry-Lecomte traduira plusieurs chefs-d’œuvre du maître en gravures. Ce pionnier de la lithographie fit ainsi appel à Fanny Robert afin d’accéder au tableau iconique de la Jeune Nymphe. Ce dernier, notre tableau, a ainsi été fidèlement reproduit en gravure. Contrairement au tableau de Salon, le cadrage est plus serré et parmi de nombreux petits détails nous remarquons la présence d’une mèche de cheveux près de l’oreille gauche et
d’autres détails totalement absents dans l’œuvre du Salon. Grâce à cette gravure (fig. 1), le regard fort et malicieux de la belle et jeune femme fut immortalisé dans une série de feuilles en noir et blanc, témoignant pour la postérité de l’esprit et du puissant talent de l’artiste.
Nous remercions Sidonie Lemeux-Fraitot d’avoir confirmé l’authenticité de notre oeuvre réalisée par Anne-Louis Girodet-Trioson vers 1799-1800, d’avoir indiqué qu’il s’agissait d’une réplique autographe du tableau de Salon et d’avoir précisé que notre tableau, dont découlent plusieurs copies, est bien celui qui a été gravé par Aubry-Lecomte en 1826.




