(1667 Toulouse 1735)
Didon et Enée
Plume, lavis d’encre brune et
rehauts de gouache sur traits de mine de plomb sur papier marouflé sur toile
195 x 290 mm
Signé en bas à droite :
« A. Rivaltz in. et deli. »
PROVENANCE
Selon une étiquette au revers, ancienne collection du marquis de Ferrari, Luigi Raffaele (1803-1876), duc de Galliera. ; Philippe Ferrari de la Renotière (1850-1917), sa vente après décès, Hôtel Drouot, 7 juin 1922 , n°6
Antoine Rivalz naquit au sein d’une famille versée dans les arts, à Toulouse, ville dont son père fut nommé architecte peu de temps avant sa naissance. Vers 1679, alors âgé de douze ans, le jeune Rivalz entra dans l’atelier familial où il put apprendre les fondements de son art.
L’apprenti peintre se rendit ensuite à Paris en accompagnant le sculpteur Marc Arcis. Le peintre resta néanmoins peu de temps à Paris, puisqu’il dut rentrer à Toulouse assister son père dans la réalisation du décor de l’hôtel de ville. C’est à cette époque que l’artiste commença à recevoir ses premières commandes. Galvanisé et intrépide, l’artiste décida d’entreprendre le voyage pour Rome en passant par le port de Marseille.
Arrivé à Rome, Rivalz se rapprocha de l’artiste le plus éminent de la ville éternelle à l’époque, Carlo Maratta, et de son élève Benedetto Luti. Ainsi, le style baroque que le peintre avait pu développer dans ses premières œuvres allait progressivement glisser vers le classicisme décelable sur notre feuille, très certainement datable de son séjour romain. Le style de l’artiste s’imprégna de la peinture de l’école bolonaise et surtout des œuvres de Poussin, réussissant à élaborer une manière éloquente à mi-chemin des influences baroques de sa jeunesse et du classicisme romain. L’influence du maître se remarque sur notre feuille à travers la construction évidente des plans, la composition aussi théâtrale qu’ordonnée et le dessin minutieux, traduisant sans effort les actions comme les volumes.
Il s’agit d’une scène tirée de l’Enéide de Virgile, retraçant l’épopée d’Enée à travers la Méditerranée, après le Sac de Troie par les Grecs. La destinée du héros troyen, fils d’Anchise et de Vénus, était de partir fonder une nouvelle cité, accompagné de son fils Ascagne. Avant d’atteindre les côtes italiennes du Latium et de bâtir Lavinium, Enée fit une halte à Carthage et s’éprit de la reine Didon, qui partageait sa passion. C’est le sujet ici représenté par Rivalz. Habituellement cet épisode précède un évènement plus tragique : le départ d’Enée, abandonnant Didon, ce qui conduisit la malheureuse à s’ôter la vie.
Le Meurtre de Priam est donc très certainement la première œuvre d’une série consacrée à l’Enéide de Virgile dont fait partie notre feuille, aussi bien en raison de la similarité de traitement technique que de son sujet. Il s’agirait de ricordi, probablement destinés à être gravés, puisqu’une autre feuille représentant le même thème, mise au carreau cette fois-ci, pourrait quant à elle, constituer l’étape préparatoire finale avant la réalisation du tableau. Cependant, jusqu’à aujourd’hui aucune toile ou gravure liée à ces feuilles n’a été retrouvée.
Jean penent, spécialiste de l’artiste et commissaire de l’exposition monographique « Antoine Rivalz, le romain de Toulouse » (musée Paul Dupuy, Toulouse, 2004) considère les dessins de cette série, monogrammée avec les initiales MA, comme antérieurs à 1695.


