(1795 Malines – Venise 1872)
Le Rémouleur
Huile sur panneau
32 x 24,5 cm
Signé, daté et situé en bas à droite : « Vervloet naples 1824 »
Originaire de Malines, Vervloet suivit dès son plus jeune âge les leçons de Jacques de Raedt à l’académie de cette ville, où il sut se distinguer rapidement par son talent et sa précocité. Après avoir exposé une série d’aquarelles représentant la bataille de Waterloo, il fut nommé professeur et obtint en 1821 le prix de Rome de l’Académie royale d’Amsterdam. Il partit l’année suivante pour l’Italie et vécut, à Rome tout d’abord, puis à Naples, en Sicile et enfin à Venise, où il mourut en 1872.
Dès 1824, son Intérieur de Saint-Pierre de Rome lui attira les louanges du peintre Léopold Robert, une toile profondément inspirée par l’art de Granet, qu’il fréquenta à cette époque. Après deux années de séjour romain, il s’installa à Naples, métropole de l’Italie méridionale et capitale européenne du tourisme, qui attirait les voyageurs fortunés et leurs pourvoyeurs de souvenirs : les peintres de vedute. Avec Anton Sminck van Pitloo et Giacinto Gigante, Vervloet fut l’un des principaux animateurs de l’école du Pausilippe – le nom de l’une des collines de Naples – regroupant ces vedutistes dont les œuvres représentaient des scènes pittoresques baignées de lumière méditerranéenne.
Notre panneau napolitain se place exactement dans cette production de vedutiste de Vervloet. Comme souvent chez l’artiste, le cadrage est original, presque photographique, et guide le regard vers une somptueuse vue à l’arrière-plan. Celle-ci se découvre à travers des sarments de vigne qui encadrent l’espace d’une terrasse et de son parapet. L’atmosphère épaisse et bleuie par l’artiste rend compte de la densité de l’air et de la chaleur fiévreuse qui règne dans les rues de Naples. Les édifices sont difficilement identifiable avec certitude, mais il est possible de situer à peu près la position du peintre : le relief à gauche surmontée par une sorte de lanternon pourrait correspondre au Monte Echia, la colline rocheuse au cœur du quartier de San Ferdinando ; plus au centre de la vue, au loin, on reconnaît la masse sombre et quadrangulaire du Castel dell’Ovo, dont le sommet orné d’une croix, est très légèrement visible sur notre œuvre et sur celle de Pitloo, précédemment évoquée ; enfin, l’ouverture de la baie vers la droite et l’absence de l’ombre du Vésuve (à droite) indiquent que Vervloet a décidé de placer son chevalet sur les côteaux de la colline du Vomero, qu’il représenta dans une œuvre similaire, cette fois-ci en contrebas (fig. 1, Frans Vervloet, Sérénade sur une terrasse, à Naples, huile sur toile, 1830-1835, Galerie Didier Aaron & cie.).
Le sujet principal de notre panneau, outre cette savoureuse veduta, est un rémouleur en plein travail. Ce métier est décrit par Pierre Jaubert dans son Dictionnaire raisonné universel des arts et des métiers de 1771, sous le terme évocateur de « Gagne-Petit » : « C’est un compagnon coutelier qui roule devant lui, ou qui porte sur son dos, une petite boutique garnie d’une meule, d’un marteau, & d’une pierre à affiler, pour aiguiser & raccommoder divers ouvrages de menue coutellerie. Pour se distinguer des couteliers, qui sont aussi rémouleurs, ils s’appellent entre eux rémouleurs à petite planchette, à cause de la petite planche qui est sous leur pied, & par le mouvement de laquelle ils font tourner leur meule. » Ensuite, les planches de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert viennent compléter le lexique concernant l’outillage bien particulier du rémouleur.
Comme indiqué dans la définition, notre rémouleur actionne avec son pied la « planchette » qui permet à la meule, grâce à la roue et un système de corde et de poulie, de tourner assez vite pour aiguiser la lame. Un dispositif placé au-dessus de la meule permet de faire couler de l’eau depuis un récipient en forme d’arrosoir, afin d’humidifier la pierre à aiguiser. Quelques lames et limes sont posées sur le parapet à côté d’un pot de fleur, le marteau à dresser est placé dans la sacoche tandis que des polissoirs sont accrochés en bas de la brouette.
Un repentir de l’artiste à gauche indique qu’une seconde figure était initialement présente, plus petite, dont il ne subsiste que les traces d’une main et du motif rayé rouge sur bleu marine. Peut-être s’agissait-il de l’enfant du rémouleur, aidant son père dans son labeur ? Quoiqu’il en soit, la figure centrale, absorbée par son travail, est représentée par l’artiste avec une touche soignée. La densité de la touche rend compte des différentes matières, que ce soit la pierre, le métal, le bois, le cuir ou les étoffes qui composent la tenue du rémouleur.


