(1756 Azay-le-Ferron – Versailles 1827)
Vue de la fontaine de Cana en Galilée
Aquarelle et gouache sur papier
220 x 341 mm
Vers 1785-1790
ŒUVRES EN RAPPORT
Louis-François Cassas, Vue de la citadelle de Homs, aquarelle et gouache, v. 1785-1790, Galerie Didier Aaron & Cie (fig. 1).
Jean Pillement, Jean Louis Charles Pauquet et François Dequevauviller d’après Louis-François Cassas, Aspect d’une partie du village de Cana, en Galilée, eau-forte, in : Louis-François Cassas, Voyage pittoresque de la Syrie, de la Phénicie, de la Palestine et de la Basse-Egypte, tome III, pl. 3, Paris, 1798 (fig. 2).
Cassas (ici portraituré par Dominique Vivant-Denon, 1786, musée du Louvre, détail) passa ses premières années de formation dans la demeure parisienne du duc de Rohan Chabot où une école de dessin avait été fondée. Bien que les leçons de Vernet, de Vien, de Lagrenée et de Leprince lui aient été précieuses, ce fut son séjour en Italie de 1779 à 1783 qui eut le plus d’influence sur sa carrière. A Rome et en Campanie, Cassas manifesta un intérêt croissant pour les sites et les monuments antiques. Ses dons pour le dessin étaient exceptionnels et il travaillait sans cesse, parcourant l’Italie, la Grèce et la Dalmatie. Un peu plus tard, il accompagna le comte de Choiseul Gouffier à Constantinople, et pendant quatre ans voyagea à travers le Proche-Orient et l’Asie Mineure, répertoriant tous les sites classiques. Au début du XIXe siècle, il se servit de ses dessins pour réaliser des livres sur ses voyages. Sa carrière reste intimement liée à la redécouverte des civilisations antiques et ses dessins, livres et gravures sont également des témoignages uniques sur cette époque.
En 1784, alors qu’il était à Constantinople avec Choiseul-Gouffier, Cassas décida de partir en Syrie et en Egypte faire une ample provision de dessins en vue de la publication de son « Voyage Pittoresque », qui devait paraître en l’an VI (1798). Au bout de quelques jours de ce nouveau périple, et suite à une tempête, le bateau de Cassas – une corvette nommée Poulette – dut s’arrêter à Smyrne, où l’artiste reçut un tel accueil, qu’il y passa près d’un mois, restant notamment huit jours à Ephèse à dessiner et à mesurer tous les vestiges du temple d’Artémis et de la Porte de la Persécution. C’est alors qu’il était à Tripoli, que Cassas décida de traverser le désert de Syrie pour découvrir les célèbres ruines de Palmyre. Voyageur intrépide, il se munit de recommandations spéciales de M. de Voize et des présents nécessaires pour les cheiks. Portant le costume oriental et la barbe, et comme il se devait, bien armé, Cassas rejoignit une caravane en mai 1785 afin de pouvoir enfin gagner Palmyre. De nombreux rebondissements rythmèrent sa route, parfois de façon malheureuse comme lorsqu’il fut attaqué par des brigands.
Cependant, la motivation et le courage sans faille de l’artiste lui permirent de tirer, rien que du site de Palmyre, plus d’une centaine de dessins. Il décida ensuite de se rendre au temple à Ba’albek, plus au sud, et poussa jusqu’à Bécharré dans le massif du Liban.
Cassas dut se résoudre à l’immobilité pendant presque deux mois, caché dans le creux d’un rocher avec des moines maronites – des chrétiens syriens – suite à la propagation de la peste en Syrie. Cet épisode l’encouragea à poursuivre son voyage vers le sud, ce qui l’amena en Palestine, dans la Galilée et plus particulièrement au village de Cana, dont notre aquarelle représente la vie pittoresque.
Le premier plan est occupé par un petit cours d’eau alimenté par la source de la fontaine, où les figures se rassemblent paisiblement. Quelques arbres garnissent les pierres de l’édifice bâti sur un sol jonché de fragments archéologiques. Enfin, à l’arrière-plan, un ciel bleu lavé avec légèreté baigne de sa lumière les habitations du village de Cana, situé juste à l’ouest du lac de Tibériade.
La composition choisit par Cassas est assez proche de la Vue de la citadelle de Homs (fig. 1), mentionnée dans les « œuvres en rapport ». Ces deux œuvres sont des aquarelles originales et préparatoires à des eaux-fortes du Voyage pittoresque de la Syrie, de la Phénicie, de la Palestine et de la Basse-Egypte, un fabuleux recueil de 330 planches, toutes gravées sur les dessins, et sous la direction, de Cassas.
Monsieur de Choiseul-Gouffier, qui avait déjà financé le voyage en Grèce, couvrit les frais de l’entreprise. A sa mort, en 1785, ce fut Anisson-Duperron, directeur de l’imprimerie du Louvre, qui en prit la charge, jusqu’à ce que le gouvernement lui succède.
On peut lire dans un prospectus imprimé en l’an VI aux frais de la République : « Secondant les efforts de l’auteur et voulant tenir avec lui les conventions successivement faites par les amateurs dont on vient de parler, (le gouvernement) a voulu fournir à toutes les dépenses exigées pour la plus belle exécution des gravures de cet ouvrage (…) déjà plus de cent planches sont terminées et deux cents autres sont préparées à l’eau-forte par les plus habiles graveurs, qui tous ont été et sont encore employés à cette entreprise… »
Une note confirme encore que « le gouvernement, convaincu de l’utilité de cette entreprise pour le progrès des arts et de sa liaison intime avec l’enseignement de l’architecture et les intérêts du commerce, l’a encouragée avec persévérance au milieu même des crises de la révolution, en ordonnant à ses frais la gravure des planches et l’impression du texte ». La préparation de ce texte avait été confiée aux « citoyens » Ginguené, membre de l’Institut, pour la partie historique et la rédaction du voyage ; Legrand, architecte, pour la partie théorique et descriptive de l’architecture, et Langlès, membre de l’Institut, pour la partie des langues orientales et des inscriptions. L’ouvrage parut, à partir de 1798, par livraisons mensuelles, comprenant chacune dix planches avec leur explication.



